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La fabrication du savon d’Alep traditionnel

La fabrication du savon d’Alep traditionnel - Séchage en tours de savons d'Alep - Savon-Alep.Shop - By Bernard Gagnon - Own work, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=11654355

Tout sur la fabrication du savon d’Alep traditionnel !

La fabrication du savon d’Alep traditionnel

Dans les années 80 Thierry Grandin, auteur d’une étude sur les savonneries d’Alep, constatait que pour produire une cuve de savon « de base » sans huile de baie de laurier – ṣābūn baladi ou « savon du pays » – on utilisait 4000l d’huile d’olive (20 fûts) pour 600l de soude (3 fûts). Pour le savon d’Alep à l’huile de baie de laurier – ṣābūn bi ġār – le plus commun (dosé à 5% d’huile de baie de laurier), le savonnier ajoutait un fût d’huile de baie de laurier (200l). Chaque savonnerie produisait du savon d’Alep à hauteur de 100 à 300 tonnes selon les qualités qu’elles privilégiaient.

Au début des années 80, on trouvait du savon d’Alep dosé à 10% (ġār ikstrā), 20% (ġār mumtāz) ou plus rarement 33% d’huile de baie de laurier. Ce dernier n’était alors pas vraiment sur le marché mais correspondait à des commandes de certaines familles alépines.

A Alep on utilise alors le savon pour des usages très variés : toilette, shampoing, lavage du linge ou plus rarement de la vaisselle.

De l’approvisionnement en matières premières à la fin du séchage du savon d’Alep, la fabrication du savon d’Alep traditionnel se déroulait alors sur près d’une année complète.

Préparation

Historiquement, dans la fabrication du savon d’Alep traditionnel, on chauffait les chaudières, situées sous les cuves utilisées pour la saponification, au bois ou au charbon de noyaux d’olive – barin. Aujourd’hui, elles fonctionnent souvent aux hydrocarbures, du gaz la plupart du temps. La montée en température est plus rapide et cela nécessite moins de manutention.

Autrefois, le processus de fabrication de l’eau caustique prenait également plus de temps. Dans un bac spécial – samda – près des cuves à cuisson, les savonniers préparaient un mélange de šnān et de chaux éteinte – kils – sur lequel ils versaient de l’eau. Il récupérait alors un liquide filtré au fond du bac. L’ opération se répétait à plusieurs reprises jusqu’à l’obtention de l’alcali souhaité.

Aujourd’hui le mélange se prépare plus rapidement à partir de soude minérale et d’eau.

Saponification du savon d’Alep

Puis, dans la fabrication du savon d’Alep traditionnel, vient le temps de la saponification de l’huile d’olive à partir de l’alcali caustique.

Jusque dans les années 30 on utilisait des cuves en pierre ou plus rarement en cuivre. Elles ont progressivement été remplacées par des cuves métalliques qui permettent d’accélérer le processus de saponification en réduisant les temps de cuisson.

La première étape de la saponification – al-zaqqa – consiste en verser l’huile d’olive dans les cuves préchauffées puis de verser l’eau caustique.

Ensuite, lors de la seconde étape – al-taki – on porte ce mélange à ébullition. Une première pâte se forme à la surface – al-raġwa . Sous l’effet de la soude, l’huile se décompose en glycérine – qui reste dans les liqueurs – et en acides oléliques sous la forme de sels à acides gras, le savon.

La fabrication du savon d’Alep traditionnel - Cuisson au chaudron du savon d'Alep - Savon-Alep.Shop
Cuisson au chaudron du savon d’Alep

Le processus se poursuit tant que toute l’huile n’est pas saponifiée avec la projection d’eau caustique restante (al-rašš).

Puis les savonniers rincent la préparation à l’aide d’eau courante – ġasil.

Tout au long du processus de saponification, on mélange la préparation et le fond de la cuve raclé.

Le maître savonnier – muʿallim – contrôle l’ensemble du processus de saponification. Il le fait évoluer selon sa perception de l’aspect, de la couleur ou de la viscosité de la préparation de ce qui deviendra bientôt du savon d’Alep.

Enfin, au troisième jour de cuisson, on ajoute l’huile de baie de laurier à la pâte que les savonniers continue à remuer. Elle donne au futur savon d’Alep sa spécificité.

Coulage

Après cette étape essentielle de la cuisson, vient le temps du coulage de la préparation.

Dans les savonneries traditionnelles, cette opération se déroulait à l’étage supérieur. Les ouvriers y acheminaient la préparation à l’aide de sceaux, aujourd’hui remplacés par des pompes. Le sol de ces pièces destinées au coulage étaient en légère pente.

Les artisans savonniers coulait une forme de dalle d’environ 10 mètres par 3 mètres sur 5 cm d’épaisseur. Puis à l’aide d’un étalon et d’une spatule, ils régularisaient et aplanissaient la « dalle » de savon.

A cette étape, la pâte du savon d’Alep est verte, chaude et lisse.

Les savonniers la laisse alors refroidir au moins 8h avant de la travailler à nouveau.

Découpe et marquage de savon d’Alep

La fabrication du savon d’Alep traditionnel - Découpe traditionnelle de savons d'Alep - Savon-Alep.Shop
Découpe traditionnelle de savons d’Alep

Après le temps nécessaire au refroidissement, vient la coupe de la « dalle » de savon – qaṭʿ al-ṣābūn. Elle est faite par des ouvriers portant aux pieds des planchettes en bois. La circulation sur la « dalle » de savon se fait sur des planches pour éviter de marquer inutilement le savon.

Pour la coupe des savons d’Alep on utilise un ǧawza ou miqṭaʿ. Un outil spécifique qui ressemble à un râteau dont les dents seraient remplacées par des lames.

Les ouvriers découpent des bandes de savon de 5 à 6 cm à l’aide d’un cordeau, dans la longueur puis dans la largeur.

La fabrication du savon d’Alep traditionnel - Savons d'Alep découpés - Savon-Alep.Shop
Savons d’Alep découpés

Cette étape de la fabrication du savon d’Alep peut mobiliser jusqu’à 4 ou 5 personnes. Deux ou trois ouvriers, chaussés de planchettes tractent et guide le ǧawza . Une personne plus légère est positionnée sur le ǧawza afin d’exercer une pression suffisante pour couper proprement les pains de savons.

Une fois le découpage des savons effectué, le sceau est apposé sur tous les savons. Le marquage du savon d’Alep se fait à l’aide d’un marteau. Ce-dernier porte un ou plusieurs sceaux en bois – al-ḫatm – où sont donc gravés Alep, le nom du maître-savonnier et la qualité du savon. Traditionnellement c’étaient des enfants qui procédaient au marquage.

Séchage du savon d’Alep

Puis on transporte les savons, regroupés en petits tas, vers la zone de séchage du bâtiment – mabsaṭ.

Et pour faciliter le séchage – al-tamšif – on empile les savons en tours et disposés en quinconce.

La fabrication du savon d’Alep traditionnel - Séchage en tours de savons d'Alep - Savon-Alep.Shop
Séchage en tours de savon d’Alep

Des espaces entre les savons permettent la circulation d’air. Cela favorise ainsi le séchage qui dure traditionnellement entre 6 et 9 mois.

Les savons d’Alep à l’huile de baie de laurier sont plus longs à sécher.

Pendant le vieillissement, plusieurs modifications se produisent : la soude qui n’a pas réagi avec l’huile se décompose ; le taux d’humidité diminue.

A l’issue du séchage, les savon d’Alep ont leur forme et leur couleur si particulières. On reconnaît alors le fameux parallélépipède rectangle (d’environ 5x5x9 cm) à la couleur jaune à l’extérieur et vert à l’intérieur.

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Pour en savoir plus sur la fabrication, les ingrédients et l’histoire du savon d’Alep, n’hésitez pas à consulter ici notre page dédiée

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Maintenant vous savez enfin tout sur la fabrication du savon d’Alep traditionnel !

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